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MC8wMDAvMDYwLzAwMDAw ~Dakini a écrit le 20 août 2007 12:57
Arangeetram et bharatanatyam

J ai ete conviee hier chez la soeur de mon copain Vivine (qui est aussi en passant un collegue de boulot [ou plutot de pause cafe^^] en France). Sa grande soeur donc, Celine , a termine de faire construire sa maison il y a 3 mois a Cuddalore, une ville pas loin de Pondicherry et a 3/4 d heure de voiture d Auroville. Elle accueil la famille Parisienne en vacance pour quelques mois ou quelques semaine.
Celine est professeur de francais a Cudalore, elle l enseigne aux jeunes etudiants de 17 et 18 ans qui vont passe l equivalent du BAC. Pour le francais il y a un ecrit et un oral evaluant les 2 annes d ensignement de la langue (pas beaucoup donc, mais apparemment ils sont apres capable de comprendre l essentiel!).
La petite soeur de Vivine, Sandrine, 18 ans, a passe son arangeetram hier.
Son quoi??
Mais oui, son arangeetram! Son bapteme de danse! Et pas  importe laquelle : du bharatanatyam, danse classique de l Inde du sud que j apprends depuis 3 ans!
Pour l occasion j ai ete invitee a assister a la dite representation.
Je me suis bien entendue avec Celine qui m a propose de me preter un sari. Comme ca, je serai en sari comme tout le monde! Parce qu un arangeetram, c est vraiment comme un bateme, c est l occasion de porter une tenue coquette.

Wouaaaaouuuu! Avec plein de pierres et tout (c est la mode depuis Devdas ^^)
Sandrine c est la 4 eme miss en parant de la gauche!
Et il y avait du monde! (Celine est a cote de moi)
Congratulations apres la remise du diplome (avec la mere de sandrine a gauche, la niece en jaune... et les professeurs)

Apres quoi nous nous sommes rassasies de dossas et autre plat dans des feuilles de babanier
Aaaaaaaaaaaah, le Bharatanatyam.
La plus belle danse du moooooooooooonde ! Je ne peux pas m en lasser.
Du grand art qui mêle grâce et précision, maîtrise physique et émotionnelle, technique et expression, inspirée des arts martiaux, avec du théâtre et du mime !
 
Le bharatanatyam est l'un des huit styles de danse classique de l'Inde et l'une des formes de danse les plus anciennes, datant de plus de 2000 ans (et oui, quand même !)

C’est une danse de soliste dont l'apprentissage est trèèèèèèès difficile et trèèèèèèèès long. Souvent enseignée aux jeunes filles, elle s'ouvre de plus en plus aux garçons (interdite aux hommes sous domination anglaise, mais autorisée dans les colonies françaises du sud du pays). Messieurs, si vous etes tentes, n hesitez pas a me demander des renseignements!!
 
Le corps, le visage ainsi que les yeux sont utilisés de manière codée. Elle exprime des émotions : celui du corps suit les règles de la nritta et celui du visage suit les règles de la nritya. Les mouvements peuvent comporter des mouvements infimes des sourcils aussi bien que tout le corps.

La scène est aussi organisée : On trouve les musiciens, les chanteurs à gauche. Et à droite on trouve une statue de Shiva sous la forme de Nataraja (dieu de la danse). La musique qui accompagne ces danses est du type carnatique, offrant ses perpétuels jeux de percussions, est recrée la danseuse par le frappé de ses pieds.
Enfin, la transmission du sens et l'interprétation du texte (sâhitya) sont extrêmement importants.
Le Bharatanatyam présente aussi un art dramatique unique : l’abhinaya, où la danseuse utilise les expressions du visage, précisés par les mudras, les gestes gracieux des mains.

Sandrine joue ici une jeune indienne perdue dans la foret. Elle y tombe amoureuse d un chasseur

 
Comme pour beaucoup d’arts, la technique n’est pas le plus difficile à apprendre dans le bharatanatyam. Dans la danse, la musique, la peinture, le théâtre… le véritable artiste est celui qui transmet une émotion. L’art est pour moi une forme d’expression et de communication.
Un peintre peu très bien peindre. Le danseur peut maîtriser tous ses gestes et effectuer les figures les plus difficiles dans la limite de ses capacités physiques. Le musicien peut jouer sa partition à la perfection. Le poète peut maîtriser sa langue, manier les mots et les phrases… Mais sans y mettre tout son cœur, toute son âme, l’œuvre des artistes reste plat, neutre, incolore.
Certes, une œuvre peut toucher notre sensibilité personnelle en faisant revivre des souvenirs… Mais dans l’abstraction de nos souvenirs, on peut vivre une expérience unique avec l’artiste qui communique au spectateur ce qu’il ressent de plus profond, de plus humain.
Dans la danse, la tâche est difficile. Dans le bharatanatyam, c’est très difficile.
J’ai vu de très bons danseurs. Seulement 2 m’ont réellement émue.
J’ai aussi vu Priyadarshini Govind, considérée comme une des meilleurs danseuse de bharatanatyam au monde. Si ce n’est même la meilleur pour certains. Sa dernière danse, le padam, a entraîné tout le monde. Elle portait en elle la joie, une fougue, une énergie resplandissante. Elle se conjugait à merveille avec la chanteuse dont le timbre est sublime. J’aime l’écouter rien que pour sa voix. Priyadarshini a des gestes posés, simples. Elle respire la sagesse et la bonté. Je le ressens quand elle parle dans ses DVD. Lors de ce spectacle elle a dansé un padam qui m’a ému aux larmes. Elle dansait la tristesse d’un mère pour son fils mort au combat. J’étais trop loin pour voir le blanc de ses yeux. Pourtant, je distinguais les traits de son visage se tirer de tristesse et de désespoir. Puis elle souriait en berçant le corps inerte de son fils… Avec la voix de la chanteuse s’en était insoutenable, trop émouvant… Je crois cependant que la moitié des spectateurs n’ont pas « accroché » car c’était long et pouvait paraître comme une lamentation exagérée. Pour moi c’était tellement juste, il y avait tellement de tension dans son expression que je ne distinguais qu’à peine, que je ne peux que m’incliner devant son art de l’abhinaya. Car c’est bien cela le plus difficile à maîtriser : l’abhinaya. L’expression, la présence, la vie.
On le voit bien avec les très jeune danseuses, ce manque de vie, car elle n’ont pas suffisamment de « vécu » justement…
Je me rappelle la 1ere fois que j’ai vu un spectacle de bharatanatyam. J’étais au 1er rang à une place assez excentrée avec mon copain. La danseuse dansait magnifiquement bien. Mais surtout, elle avait un regard, une présence incroyable. Un moment elle a pris une pose en regardant dans notre direction. J’ai eut l’impression qu’elle me regardait. A ce moment j’étais subjuguée. Son regard portait une telle présence, une telle force, que j’avais envie qu’elle regarde ailleurs. Mais elle me fixais 4,5.. peut être 7 seconde.J’étais pétrifiée… Mon voisin a ressenti la même chose.
Le jour où je pourrai transmettre autant d’émotion, je pense que je pourrais prétendre maîtriser cet art. Mais le désir n’est pas suffisant. Il faut se donner pleinement à ses émotions, se livrer totalement à la musique, exprimer ce qu’ai de plus profond et de plus intime pour le partager. Mais pour une danse aussi difficile, il faut d’abord oublier son corps, ne plus penser aux mouvements, à ce qui va suivre… Alors que le commence à me sentir bien dans mon corps lorsque je danse, je devrai apprendre à dépasser mes impressions physiques pour livrer mes émotions, portée par le sens de la danse et par la musique carnatique.
Je prendrai le temps qu’il faudra. Peut être que je n’y arriverai pas. Ou partiellement.
Mais mes professeurs me laissent penser que j’ai un bon abhinaya. L’année dernière mes professeurs me l’ont dit au bout de quelque jours (ce qui n’est pas une extraordinaire révélation, on en a ou on n’en a pas, puis après ça se travaille avec un guru). Puis je me suis blessée le talon d’achile par manque d’échauffement (petite déchirure). J’étais alors désemparée et inquiète. Je devais faire attention mais j’avais envie de terminer la très belle danse que j’apprenais. Sans pouvoir réaliser les mouvements à fond, avec énergie et joie par peur de me faire mal, j’étais frustrée et en colère contre moi car j’avais été irresponsable en manquant de m’échauffer. Le cœur n’y étais plus. Je dansais pour apprendre et avec hésitation. Mes professeurs se sont regardées en échangeant quelques mots de tamoul. Puis elles m’ont demandé avec inquiétude : « Sacha, are you ok ? You don’t have your abhinaya today”.
Ainsi il faut être vivante, être bien, et maîtriser ses émotions pour les jouer :
Amour, rire, compassion, colère, vaillance, étonnement, dégoût, paix.
De belles photos de poses: http://www.tanjore.fr/photos/index.html
Pleins de vidéo sur youtube, mais sur aucune je ne ressens ce que j’ai pu sentir en live…
Aller, au boulot !

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