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Panda ~MarkuS a écrit le 9 février 2007 15:32
Reverie théâtrale - Massada

(encore un dépoussiérage de vieux textes, en voici un traité de manière dramaturgique, où le passé est reconcilié avec un douloureux présent...)

] Massada [

La scène est plongée dans l'obscurité et est vierge de tout décors.

Trois silhouettes se découpent, disposées dans un triangle inégal. Côté jardin, un banc et un homme en jeans et T-shirt, portable ouvert d'où émane une très faible lueur à ses côté. L'homme se tient la tête entre les mains. A la pointe du triangle, en fin de scène, un pupitre et un homme en position dynamique, costume étriqué. A l'avant scène, côté cour, une silhouette masculine, tête penchée, drapé dans un sombre et long pan de tissu qui s'entend de par et d'autre de la scène.

Derrière eux, une fond d'air sombre lui aussi, si ce n'est une petite lucarne, dans le coin supérieur cour de la toile tendue. Des images de l'actualité défilent à grande vitesse. Entre une série d'image s'intercale un chiffre. Puis un autre, puis une lettre et une autre lettre:

73 A.D.

Une douche de lumière s'ouvre sur l'homme au drap, il relève la tête. Les images ont cessés.

L'homme:

  • Les sicaires. Une nom qui fait frémir. Jusqu'au temps des saints, ce nom sera synonyme de mort et de sang. Iscariote ne venait-il pas de là? Les « gens aux couteaux ». Cette lame avide qui me vidèrent de mon sang, par ma main portée. Mais cela était-il moins pire que les gladius et l'humiliation. C'était des zélotes. Des libérateurs. Guerriers de la liberté...

La douche s'éteint. L'homme s'immobilise. Une lumière diffuse part du pupitre pour baigner l'homme au costume étriqué qui reprend la parole, avec grand fracas de voix, gestes hachés et poings tendus.

Elazar ben Ya'Ir :

  • ...et nous ne leur offrirons pas notre âme, comme certains prêtres l'ont fait en rendant le Temple un moment d'ignominie aux yeux de Celui. Celui ci le détruit, pour montrer son mécontentement. Et seul nos gestes vifs, un trait comme le sourire d'un jeune enfant (il fait un geste rapide et circulaire sous sa gorge) nous ouvriront une porte vers l'intégrité. Oui, mes amis, mes frères, et femmes de mes frères. A jamais sans souillures si ce n'est le souffle mordant du désert...

L'homme assis sur le banc tend une main vers lui, l'autre enfouissant toujours le visage. Il crie:

  • Tous morts!

Elazar ben Ya'Ir :

  • ...et le sable nettoyant nos carcasses pour laisser le soleil fermer son oeil aveugle sur nos pêchés. Car il n'y a pas de pêchers dans la mort oublieuse de l'orgueil. (il s'emporte de plus en plus) Orgueil de vivre comme opprimé, comme sujet d'iniquité. Je vous le dit mes frères et femmes de mes frères. Seul ce moment amer, ou les cendres de nos ancêtres crieront notre nom quand notre sang ira se mêler à elles, sera un moment de violence. Le reste, nous l'avons fait en lutte, en combat. Et nous avons perdu. Mais dans notre défaite, nous pouvons aussi les ravir de leur victoire. Leur offrir le spectacle de désolation. Et je vous dis, frères et femmes de mes frères, ce moment sera un moment de joie, car nous leur laisseront un shéol, un royaume de peine, un empire gris qui se tissera de chacun de nos corps sans vie: mais nous, toujours, toujours plus haut, toujours nous voguerons, nous seront libres. Et je pourrais rire de ces Romains insensés qui jamais- jamais - ne pourrons dévorer nos corps, ni nos âmes, ni nos femmes, à jamais virginales et nos enfants, enfants pour l'éternité...

l'homme au banc crie encore:

  • Tous morts! Un cimetière!

Elazar ben Ya'Ir :

  • ...et Pères, tranchez dans la nuit le fruit de vos entrailles. Et pour ceux que la main irait en faiblissant, ou pour les femmes de mes frères pleines de nostalgie pour leur vie – et je vous le répète – qui appartient déjà au jour d'avant... (il tend une bouteille) prenez de cette boisson aux vertus fatales. Une gorgée pour un sommeil sans rêves, mais au réveil de gloire comme une étoile saluant le char d'Ezechiel.

L'homme au banc sanglote. Le pupitre s'éteint. La douche se rallume sur l'homme au drap sombre. Des mouvements dans le tissu, à des nombreux endroits: comme si plusieurs mains voulaient s'en échapper. L'homme reste stoïque.

L'homme:

  • Massada avait appartenu aux premiers princes Asmonéens. Une garnison fortifiée, sur un piton rocheux, une oasis avec oliviers et système de citernes au milieu du désert. Elazar avait conduit ses hommes, et les femmes de ses hommes là. Fuir les marches Romaines et la cité qu'il disait corrompue. Ils avaient déjà tourné dos à la vie des hommes, pourquoi ne pas embrasser alors la vie des anges? (pendant qu'il parle les mouvements s'accentuent, et une déchire se fait vers son entrejambe, deux mains, fines, s'évertuent à agrandir le tissus maintenant déchiré)

Sur le pupitre, en silence, Elazar continue a faire de grand gestes, comme un politicien en campagne. L'homme au drap noir, toujours dans la lumière penche là tête pour regarder la déchirure et pousse une grande plainte, un son qui va du souffle au cris, bouche béante. Une musique d'ambiance vient rejoindre la longue plainte et monte jusqu'au paroxysme. L'homme sur le banc se lève et crie:

  • Assez!

Une lumière blanche, clinique illumine toute la scène qui se fige: Les mains arrêtent leur déchirure. Le cris est stoppé net tout comme l'homme au drap. Elazar reste statufié dans un de ses geste. L'homme au banc tourne son visage vers le public, et vient vers eux. Son visage et maculé de maquillage blanc, ses yeux cerné de noirs, tout cela de manière plutôt grossière. Mais ce qui pourrait être grotesque vacille entre la pathétique et le terrifiant. Il porte comme blason un T-shirt « God bless America » aux couleurs du drapeau.

Lucius Flavius Silva:

  • Je suis le légat et général Lucius Flavius Silva. J'étais en Judée, celui qui devait pacifier cet endroit, libérer les autochtones de leur superstitions ancestrales... (il marque un temps d'arrêt. Regarde ses mains. Regarde ensuite le public) La civilisation. La culture. Le progrès. Nous étions ces flammes qui luttent contre les ténèbres primordiales. Éternelles. Le feu qui avait fait tomber leur temple, pierre par pierre. Croyant par croyant. Femmes. Enfants... (Il tombe à genoux. Baisse l'échine, puis frappe trois fois violemment au sol avant de montrer d'un doigt accusateur Elazar) Il les a tués! (reste ainsi silencieux, puis regarde le public. Il se relève, prend un air austère, mais son visage est pathétique) Ils s'étaient réunis dans cette maudite citadelle. A nous harasser. Par les pierres, les coups de dagues. Alors en 73, sous les ordres de l'Empereur, je réunis la Xème Légion, la Légion X Fretensis, et en ordre de marche 6 cohortes vinrent nous rejoindre. Comme ils étaient fier et beau, mes huit milles âmes, vêtues de métal scintillant, gladius au côté et lance à la main. Rien de plus beau qu'une armée en marche, le fleuron de notre armée, forgés dans le fer de la jeunesse pour beaucoup: Arméniens, Siciliens, Thraces, Éthiopiens, Ibères, Anatoliens, Phrygiens. Peau de soie rougie par le soleil bas, teint caramel ou face de sienne sombre. En ordre. En armée. Notre fierté. (il sort un paquet de marlboro. Il tend le paquet ouvert au public, puis en prend une qu'il allume. Il parle entre chaque bouffées) Hum, donc, nous nous plaçâmes, irréprochables, zénith de la force conjuguée de l'Homme. Et puis... (il regarde sa cigarette. Il tire plusieurs longues bouffées, rapides, pour qu'un long reste de cendre se soit développé. Il laisse alors choir la cigarette) ...de longs mois de sièges. (il l'écrase) Un bras de fer se fit entre moi et Elazar. Assassin! Plusieurs stratagèmes qu'il contrecarrait. Et plus mes enfants, mes hommes, attendaient, plus ils devenaient nerveux. Il nous fallut sept mois pour construire une rampe (Il s'excite) Une fois la rampe construite, le bélier près, les augures sacrifiée et lue dans le sang - les entrailles et le sang - je leur dit: Enfants, fellows, peuple de la lumière, le jour de gloire est arrivé. Sortez vos lances, affûtez vos glaives, car bientôt ce paradis – car c'était un paradis, sept mois dans le désert avec des vivres fugaces comme des mirages. Et eux des arbres fruitiers. Des figues. De l'eau, oui de l'eau. Et sûrement du vin, et des animaux, et des grains. Et des femmes aux seins blanc et laiteux – ce paradis, fellow citizens, sera à nous. Par la force et le glaive. (il crie maintenant) Venez, venez! Défoncez, défoncez! – et le bélier qui exécutait mes ordres, et la porte qui volait en éclat, et... et... (sans voix s'étrangle dans sa gorge) Tous, tous il les avait tué. Les animaux. Brûlé les graines. Ruiné les arbres. Empoisonné l'eau. Et ses hommes, égorgés. Les femmes. Égorgées. Les enfants. Égorgés. D'un paradis, d'un instant ou le ciel, le trône des dieux, avait rejoint la terre, il en avait fait un Hades - bientôt pestilentiel, sous le ciel brûlant du midi. (il pleure) Et mes hommes, comme des enfants, à lâcher leur armes, à pleurer en se tenant la tête. Et moi-même je...

Le pc portable s'allume d'un coup.

Portable (d'une voix synthétique):

  • Vous avez un nouveau E-Mail

Lucius Flavius Silva:

  • Je... Je... (s'arrête. Dévisage le public.) Je... (retourne au banc et à son portable)


Rupture d'ambiance. La lumière blanche se coupe, retour à la pénombre et à la douche de lumière sur l'homme au drap noir. La déchirure s'accentue, et bientôt deux bras passent. Puis une tête. Un corps. Une femme, frêle, s'extirpe de la déchirure. L'homme au drap place ses mains au ventre.


La Femme (quand elle parle, les trois autres répètent – mais murmurant – ses paroles, en synchro):

  • Je suis née du ventre de la peur. Et je vais mourir sur le champ du déshonneur. Désolation est mon nom. Terreur est ma force, horreur ma qualité. Je suis l'envie pour donner la mort, l'orgueil pour ne pas la pleurer. Je suis l'instant qui n'existera jamais. Jamais plus. Je suis le sourire qui se glace. Le regard qui se vide. Je suis l'excuse pour la barbarie. L'alibi civilisé. Je suis ce que vous ne voulez pas voir. Je suis tout ce que vous voulez...

Noir.



(pour plus de précisions sur le siège de Massada: http://fr.wikipedia.org/wiki/Massada )


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4 commentaires

Très beau coin, Massada... magnifique point de vue sur la région. Mais pas mal de serpents sur les chemins.

~GodFinger pro a dit il y a 4 ans
LzAvMDAwLzA3My8wMDAwMDcz

tais toi,
tu vas me donner des nouvelles idées de mise en scène

(a part ça, paraît que le ragoût de serpent bien assaisonné c'est pas si mauvais...)

Panda ~MarkuS a dit il y a 4 ans

j'ai failli tester au vietnam....

~GodFinger pro a dit il y a 4 ans
LzAvMDAwLzA3My8wMDAwMDcz

Ah! Fallait le faire. Un jour je goûterais du ragoût de serpent...

Panda ~MarkuS a dit il y a 4 ans

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