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Panda ~Coren a écrit le 14 juillet 2009 22:15
[pratique] Micro-guide de survie

Dans nos villes contemporaines comme au cours des siècles passés, il est délicat de mener une vie complète sans jamais avoir à affronter une situation qui va inéluctablement mener à la violence. Les sages anciens, comme la plupart des pratiquants d'arts martiaux - ou d'autres disciplines ayant pour but de défoncer la gueule de quelqu'un en prenant soi-même le minimum de coup - vous diront qu'un bon combat est un combat évité.


Ils ont bien évidemment raison, et en cas de situation conflictuelle, il faut donc imaginer que l'issue du combat sera la pire possible : la mort d'une des deux parties, soit vous, soit votre ou vos adversaires. Un de mes professeur d'arts martiaux, Maître Chau, avait coutume de dire qu'il n'estimait pas sa vie aux quelques cinquante francs (ou sept euros) que contenait son portefeuille, et qu'il était prêt à en faire don de bonne grâce à quiconque aurait envisagé un combat pour le lui prendre. Et pourtant, je l'ai vu à l'entraînement se débarrasser de ses cinq ou six meilleurs élèves sans peine, tous pourtant armés et vainqueurs de compétitions.

Si cette philosophie est très juste, il existe néanmoins des cas où l'opposant ne souhaite rien d'autre que de la violence, si possible unilatéralement de lui envers vous.

Aussi, je vous ai concocté le petit guide qui va suivre. Celui-ci n'a pas pour ambition d'être un manuel de self-défense ou de Kung-Fu, ni de contenir des vérités absolues, et je vous invite même à compléter/amender ces quelques conseils, qui, mis en pratique, vous sortiront peut-être de situations délicates.

Une situation conflictuelle entre individus, à la manière de ce qui peut se produire entre différents états, va se dérouler sur plusieurs phases : les sources (à défaut d'un terme plus approprié), le déclenchement, la confrontation, et la résolution. Pour maitriser un affrontement, et en sortir vainqueur, il va vous falloir dominer votre opposant au cours de ces phases, la plus importante étant évidemment la troisième. Il est cependant bien plus aisé d'y obtenir l'avantage si vous avez maîtrisé les phases précédentes. Nous allons les analyser une par une, en prenant pour principe que vous êtes, bien évidemment, l'agressé, je ne voudrais pas vous avoir écrit un guide pour tabasser les petites vieilles.

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Les sources.

Il s'agit des sources du conflit, mais également de la phase d'observation. Vous êtes pris à parti, et imaginez que la situation va mener vers de la violence. Cette phase peut-être très courte, d'un Donne-moi ton portefeuille crié par un malfrat et ses potes armés de couteaux, à une discussion longue et pénible avec l'ex-petit copain rugbyman de votre actuelle sexfriend. Il s'agit pourtant de celle qui va le plus influencer la suite de l'opposition. Il s'agit donc, durant cette phase, de déterminer deux paramètres, et de mener une étude. Vous devez effectivement, dans un premier temps, analyser l'attitude de votre ou vos opposants, et mesurer leur potentiel à engager une action violente contre vous. Ensuite, dans un deuxième temps, vous devez évaluer en toute honnêteté vos chances de réussite en cas de combat. Enfin, vous devez étudier l'environnement et ses possibilités tactiques.

L'analyse de l'attitude, première sous-phase, n'est pas aussi délicate qu'elle y parait. C'est là que vous allez jauger la motivation de votre adversaire. S'il en veut simplement à votre portefeuille, donnez-le-lui. Si par contre sa motivation est de vous briser des os, là, il faut passer à la phase d'analyse suivante, et vous poser la question : Quelles sont mes chances de réussite ?. Là, c'est beaucoup plus délicat. Il s'agit d'abord de jauger vos propres capacités (Savez vous vous battre ? Bien ? Connaissez-vous des techniques de désarmement ?), et celles de vos adversaires : forme physique, état mental (influence d'alcool, de psychotropes), attitude (sont-ils en garde ? Sont-ils placés stratégiquement ?).

Pour la forme physique, l'idéal est de prêter attention, et à leur gabarit (grand, musclé, petit, râblé) et à leur souffle (souffle rapide, le type est déjà essoufflé). Concernant l'état mental, la façon de parler et les yeux vous en apprendront beaucoup. Vous avez tous déjà entendu un type bourré parler... Et s'il a les yeux rouges, il y a une grande probabilité qu'il soit sous psychotropes, jaune, son foie est saturé d'alcool. Pour savoir s'ils sont entraînés et/ou ont des notions de sports de combat ou d'arts martiaux, eh bien il suffit de voir s'ils singent les films de Jean-Claude Van Damme. Si c'est déjà le cas, ils au moins ont des notions. Un bon indicateur est aussi la façon dont il présente son corps à vous. De profil, il limite la surface d'impacts possible, il a probablement des notions. Face à vous, les bras écartés, il la maximise, et là, c'est quitte ou double. Soit c'est Jet Li, et il vous a jugé négligeable, soit il ne sait pas ce qu'il fait, et vous allez lui démonter sa face. Je m'égare.

Après ses considérations (au cours desquelles tout homme ou femme normalement constitué a déjà imaginé sa défaite), il vous faut observer votre environnement. Vous avez, là aussi, trois choses à prendre en compte : la possibilité de fuite, les obstacles, et les armes improvisées. Je vous l'ai dit dès le départ : un bon combat, c'est un combat évité. La première chose à repérer est donc le moyen le plus rapide de prendre la fuite : bouche de métro, magasin, voitures qui roulent (oui, monter à l'arrière de la voiture d'un inconnu qui s'arrête à un feu va peut-être vous valoir des ennuis avec la maréchaussée, mais au moins, vous serez sauf)...

Ensuite, vous devrez regarder autour de vous les obstacles, de manière à toujours en placer un entre vous et vos adversaires. S'ils sont loin, ils ne pourront pas vous taper dessus. Enfin, trouvez les choses qui peuvent vus servir d'arme. Une bonne arme improvisée est soit un objet que vous pouvez lancer pour couvrir votre fuite, soit un objet long pour maintenir vos ennemis à distance, soit, en dernier recours, quelque chose qui inversera le rapport de force en votre faveur : tronçonneuse, hache à deux mains, ou plus prosaïquement une lance à incendie, en intérieur. Attention. Ramasser une arme improvisée à ce stade va très probablement vous donner un aller-simple vers le suivant. Soyez serein, on y vient.

Un autre point important est votre propre attitude. Si vous devez parler, utilisez des phrases courtes, vous ne risquerez pas de vous emmêler. Tenez vous de profil, les mains ouvertes mais les doigts serrés, paré à fermer les poings. Ayez l'air sûr de vous, observateur, et aiguisé. Si votre adversaire vous jauge lui-aussi, votre attitude peut suffire à le faire renoncer.

Si vous avez évalué vos adversaires, votre environnement, que vous paraissez sûr de vous, qu'il n'a pas fui, et que vous ne pouvez pas fuir, passons à la phase du déclenchement.



Le déclenchement.

C'est la phase la plus courte, et la plus ardue, tant au niveau du combat en lui-même que pour le futur moment que vous allez peut-être passer dans un poste de police. En effet, la loi française (et belge, d'ailleurs) est simple (1). Si vous tapez le premier, c'est votre opposant qui bénéficiera de la légitime défense, sauf si son armement est catégorisé supérieur au vôtre. Par exemple, un type vous chauffe, et reste à deux centimètres de vous pendant 5 minutes, vous perdez patience et lui mettez un bon coup de boule, vous êtes en tort. Il a sorti un couteau avant, c'est lui qui est en tort. Il vous faut donc veiller à ne pas déclencher la bagarre, mais à y être préparé. Vous allez potentiellement recevoir un coup, ça va faire mal, mais vous pourrez ensuite vous défendre, ou si vous êtes doué, vous ne le prendrez pas, mais allez lui faire une prise, et retourner la situation à votre avantage. Retardez le déclenchement au maximum, en veillant à toujours garder un obstacle entre vous et vos adversaires. Ainsi, même si vous n'êtes pas celui qui donne le premier coup, vous aurez choisi par votre placement le moment ou la violence va se déclencher. Et qui sait, vous aurez peut-être suffisamment retardé le déclenchement pour vous laisser une opportunité de fuir, ou de lasser vote adversaire qui sera parti. Ceci dit, imaginons que votre adversaire en veut vraiment, le combat est lancé, phase trois, la confrontation.



La confrontation.

Pour ce point, il va m'être beaucoup plus délicat de vous donner des conseils vraiment judicieux, ou des techniques de self-défense. Je ne saurais que trop vous conseiller de suivre des cours adaptés, avec une préférence pour la Krav Maga  si on ne recherche que cet aspect 'efficacité et self-défense' dans la pratique, ou l'Aïkido si l'on a envie de découvrir toute une philosophie en même temps qu'une façon de mener un combat à son avantage. Néanmoins, je vais vous faire quelques petits rappels, en vrac :

1/ Un adversaire en incapacité perd une seule capacité (un bras, une jambe), un adversaire assommé ne combattra plus.
2/ Visez la tête (tempes, nez, arcades, pommettes), le sternum (avec une préférence pour le plexus) ou le foie. Ça fait très mal, et surtout ça peut sonner directement.
3/ Restez de profil, surtout si votre adversaire a un couteau, vous offrez moins de surface atteignable (comme les escrimeurs). Attention toutefois aux coups de pieds circulaires.
4/ Protégez-vous la tête, de manière tonique. Des bras mous devant votre visage, et vous aurez le privilège de vous assommer avec vos propres mains dès le premier coup dedans. Soyez fermes dans vos parades.
5/ Mettez votre pied avant de biais, vers l'intérieur. Ça pourrait vous permettre un mouvement de cuisse pivotant qui protégera vos cojones d'une explosion.
6/ Votre os le plus dur, c'est votre talon. Suivi de près par le coude, et seulement enfin le genou. Faites-en bon usage. Par exemple, d'un coup de talon juste au-dessus du genou.
7/ Ne vous laissez pas saisir ! Pour, ça deux impératifs, être rapide, et ne pas lever trop haut les pieds. Van Damme peut le faire, il est rapide, Bruce Lee peut le faire, il est rapide, vous, non, vous aller vous faire choper la jambe, et ça va mal se finir.
8/ Si vous avez une arme improvisée, ne vous en servez que pour maintenir votre ennemi à distance, en donnant de petits coups rapides dans sa direction. Ça porte, ça porte pas, ce n'est pas grave, ça vous donnera juste une chance supplémentaire de fuir.
9/ Fermez bien les poings. Le combat 'mains ouvertes', c'est comme les coups de pied sauté, c'est pour les pros.
10/ Rendez-vous. Vous sentez le vent tourner du mauvais côté ? Rendez-vous. Roulez-vous en boule au sol, en protégeant votre visage, les genoux remontés le plus haut possible sur votre ventre, les mains posées sur la nuque, les avant-bras sur les oreilles. Après deux ou trois coups, faites le mort. Pour votre opposant, l'important n'est pas qu'il ait gagné, mais qu'il croie avoir gagné. Vous aurez des bleus, des fractures, mais vous serez en vie.

Maintenant, passons à la résolution.



La résolution.

Vous avez gagné, votre adversaire est à terre, ou vous faites le mort. Dans le deuxième cas, il suffit juste d'attendre qu'il s'en aille. Soyez patient, et surtout, pas hargneux. Il a déjà gagné une fois, il est donc plus frais que vous, et plus fort. Vous allez prendre cher. Dans le premier cas, il n'importe que deux choses : qu'il ne se relève pas avant que vous ayez fui, ou qu'il soit immobile jusqu'à l'arrivée des forces de l'ordre. De là, deux autres choix (oui, comme dans un livre dont vous êtes le héros) : d'une part vous pouvez l'assommer pour le compte (la difficulté résidant dans le dosage, mais en règle générale, un objet contondant type annuaire n'a jamais tué personne), soit vous l'empêchez de bouger. Pour ça, toujours de manière improvisée, des tissus mouillés seront plus solides que secs. Ligotez les mains dans le dos, avec les chevilles, serrez fort (là aussi, il faut (un peu) doser, et préférer des liens larges de manière à ne pas couper la circulation vous ne voudriez pas garroter ce pauvre bougre). Enfin, selon votre degré de citoyenneté, vous pouvez fuir, le cœur léger (2), ou appeler la police et porter plainte pour agression. Le fait d'avoir explosé la tronche de votre agresseur risque dans ce cas de vous porter préjudice, mais on a dit dès le début que vous étiez l'agressé, hein, et que vous n'avez rien à vous reprocher !



Voila, le tour de la question n'est clairement pas fait en quelques mots, il y a des ouvrages complets sur le sujet, mais j'espère que vous retiendrez de ces quelques mots les quatre conseils à en ressortir :

1/ Si vous en avez l'occasion, évitez le combat.
2/ Négociez, votre vie vaut plus que sept euros.
3/ N'oubliez pas l'importance de la fuite.
4/ Même Mike Tyson a déjà pris une branlée.


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(1) Article 122.5 du code pénal.
(2) Peut vous valoir éventuellement des ennuis avec la justice selon l'état dans lequel vous avez laissé votre opposant, allant de non-assistance à personne en danger jusqu'à une inculpation pour coups et blessures ayant entrainé la mort

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2 commentaires

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Tiens, je me disais bien que je reconnaissais la mise en forme :D

~Charlin-50627 a dit il y a 2 ans
Panda

Il y a des gens qui font la mise en forme mieux que moi, ce serait présomptueux de ma part de refaire le boulot ^^

Panda ~Coren a dit il y a 2 ans

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