°velours-31861 a écrit le 17 février 2009 16:55
Lux
Les enfants veulent vite devenir grands. Parce qu'on n'écoute que les grands.
Alors on fête chaque anniversaire avec une euphorie animale. Animale primaire. Primaire enfantine.
On est à l'étroit dans sa peau, entre deux eaux. On y est presque, mais pas encore.
On signe les premières fois. Toutes les premières fois. On tombe amoureux, on rougit, on rit, on aime, on déteste, on pleure, on en crève. C'était l'amour de notre vie. On ne vivra plus jamais ça.
Alors on se dit que finalement, on a peut-être bien de la chance quand même. Au moins on l'aura connu. Au moins on aura aimé. On pourrait presque mourir maintenant, puisqu'on a déjà tout vécu.
Mais on prolonge le séjour, parce qu'ils ont fait dérailler tous les trains. Les amis. Ceux qu'on ne compte que sur les doigts d'une main. De deux, si Dieu vous aime bien.
On apprend à se faire confiance, à mettre de l'eau dans son vin, et puis à partager son verre aussi. On a une complicité qu'on aimerait unique. Parce que personne ne peut être comme nous. Parce que nous, on est pas comme les autres.
Et puis on dit des choses. Des choses pas jolies, qu'on pense pas. On crie, on pleure, on se fait peur. Et on a raison d'avoir peur.
On perd son meilleur ami, et on se sent si seul.
Alors on essaye de se concentrer sur le reste: changer le monde, mettre une bombe, fermer la porte, et attendre que ça passe.
Il y a moyen de changer le monde... Et on se dit que ça pourrait bien être le but de notre vie.
On fait des études, des études qui nous aideront dans notre métier de révolutionnaire. Sciences po, philo & lettres. On décroche le diplôme, et puis on rêve d'indépendance. Alors il nous fait de l'argent. Alors il nous faut un boulot. Et on entre dans l'engrenage. Et on en sort jamais.
Un métier, une maison deux façades, deux enfants, des vacances à la plage début juillet. On se marie et on aime déjà plus l'autre. Parce qu'il nous rappelle notre erreur, celle qu'on a faite longtemps auparavant. Celle où l'on a décidé de rester, au lieu de partir plus loin que ce que vous connaissez.
Et on revient au début. On revient au temps où l'on attendait qu'il passe, année après année. On ne fête plus les anniversaires. On décompte.
Alors le soir, on va vite dormir. Pour pouvoir barrer les jours. Pour être demain.
Mais on espère plus rien. On attend en regardant les autres, en regardant la télévision. Et on meurt, dans un grand lit de nostalgie et de regrets.
Chaque tic tac aura donc été vain.
[Lux~mètre ontologique, 71144]





et on meurt dans un grand lit...