~planete-99249 a écrit le 3 janvier 2009 14:37
Les hippopotames ont bouilli dans leurs bassins
Mes chers et fidèles compagnons sur la route qui nous amènera tous à la conne naissance,
C’est l’âme meurtrie et l’esprit frustré que je vous écris. Oui. Frustrée (Je tiens d’avance à rassurer mes parents, mon conjoint, mon fils, mes amis, le Président du Conseil Général de la Loire-Atlantique, mes supérieurs hiérarchiques et de potentiels admirateurs ; j’ai encore tout un tas de membres et d’organes qui fonctionnent bien. La douleur est intérieure.)
Mais laissez-moi vous raconter mon aventure du jour avec la Beat Generation.
La Beat Génération n’est ni une secte vouant un culte aux phallus, ni une communauté de gens béats et encore moins ces bobos du 18è arrondissements fumant des pétards et portant des robes vaporeuses en fleurs (mais à 250 € l’ensemble, faut quand même pas exagérer). Ce terme a été utilisé par l’écrivain américain Kerouac pour qualifier son groupe d’amis artistes (et potentiellement drogués). Au-delà de la mise en valeur d’un groupe, la beat Generation, a crée un véritable courant créatif, libéré et rythmé.
Mes envies littéraires du moment me portant vers la littérature américaine de cette génération, je fouinais dans ma quête de l’inédit de la Beat Génération et notamment d’œuvres de Kerouac et Burroughs. De clic en clic, le titre était là, devant mes yeux. Alléchant à souhait « Les hippopotames ont bouilli dans leurs bassins » (Avouez quand même que ça fait rêver un tel titre, plus que « Darty, le contrat confiance »).
Ce roman inédit est ainsi présenté comme l’histoire vraie de Lucien Carr, jeune homme de 19 ans qui vivait un amour fusionnel et passionnel avec un homme de 14 ans son aîné (à ne pas dire néné, sinon ça n’a aucun sens) dans le milieu littéraire new-yorkais des années 40. Il le tue et confesse son crime à ses deux amis, les compères Burroughs et Kerouac. Complices de crimes, ils sont arrêtés pour non-dénonciation. A leur libération, ils écrivent alternativement les chapitres d’un polar qui retrace cette histoire. Le titre « And the Hippos Were Boiled in Their Thanks » est inspiré par une info entendue à la radio. Absurde, non ?
Alors, je m’y voyais déjà, me vautrant dans un fauteuil de ma bibliothèque, enlevant l’étiquette du prix sur ce livre que je n’aurai pas manqué d’acheter, humant le doux parfum d’un livre neuf pour très vite m’enfoncer dans les limbes de la lecture, sortant seulement de cette torpeur littéraire pour prendre quelques gorgées de Pessac Léognan Château Haut Bailly 1998 (c’est important les détails quand on rêve). Le monde s’ouvrait à moi et tel Indiana Jones, je m’apprêtais à vivre une aventure merveilleuse et surprenante dans cette aventure du manuscrit perdu. Enfin de l’inédit au Royaume de Burroughs et Kerouac.
Mais qui sont Burroughs et Kerouac me demanderiez-vous si on pouvait interroger l’auteur en plein milieu d’une propa sur Parano. Soit, je m’exécute. Burroughs est un personnage vraiment fantasque, à la fois brillant et destructeur, influant et instable. Une personnalité fascinante comme seuls quelques toxicomanes talentueux arrivent à en avoir. Kerouac est lui ce grand homme qui a dit un jour dans un livre intitulé Maggie Cassidy « Mon amour pour Maggie est si fort que j’accepte même l’idée qu’elle puisse un jour ressembler à sa mère, devenir grosse. ». (Puisque je le glisse dans cette propa, vous devinerez que je trouve cette phrase vraiment drôle. CQFD.) Mais 11 pages plus loin, dans le même livre, il ajoute « On ne peut rien exprimer de très clair en anglais ». Moi je ne comprends rien de très clair en anglais et c’est bien ce qui fait mon malheur en ce jour.
Car, oui, mes chers compagnons, c'est un malheur puisque les hippopotames ont bouilli dans leurs bassins seulement chez Grove Press. En anglais.
Le plaisir, la surprise, l’envie n’auront duré que le temps d’un coït d’éjaculateur précoce soit 2 minutes et 37 secondes. Je venais de finir l’article sur les mots « Un éditeur français osera-t-il publier cette curiosité ».
C’est donc l’âme meurtrie et l’esprit frustré que je m’en vais réveillonner.
Note de l’auteur de cette propa : à ce jour et à ma connaissance, aucune maison d’édition française n’a osé.




