~Sophie a écrit le 8 septembre 2008 10:05
[film] Memento de Christopher Nolan
Petite note en guise d'introduction:
La mémoire à court terme ou mémoire de travail : stockage de plus ou moins longue durée des informations nécessaires au comportement, au traitement en cours.
En secondes.
Sous certaines conditions, peut passer en mémoire à long terme.
Memento, c'est l'histoire de Leonard, qui, suite à une lésion cérébrale, n'a plus de mémoire à court terme ; il est impossible pour lui de retenir le moindre détail sans le noter, aussi bien sur papier que sur son corps.
Notre héros peu banal a pour objectif de retrouver l'homme qui a violé et assassiné sa femme, et de se venger.
Ce court résumé n'est certes pas très efficace. Lu comme ceci, mon synopsis peut sembler intéressant mais ne rend pas bien le film, à mon humble avis.
Memento, c'est un film qui défie toutes les lois du genre, un film qui n'a qu'un seul but : vous clouer à votre fauteuil et vous pousser à réfléchir.
En effet, Nolan présente l'histoire à l'envers : de la fin jusqu'au début. Ok, le procédé a déjà été vu dans (entre-autres) Irréversible & 5x2 pour ne citer qu'eux, ok, c'est facile, mais croyez-moi, ce choix n'écarte absolument pas les surprises, du contraire.
Loin de moi l'envie de gâcher l'effet de surprise, mais, il y a pas mal de rebondissements, de coups de théâtre, de situations où on reste stupéfaits. Les souvenirs peuvent être trompeurs, et les perceptions basées sur quelques secondes aussi. Tout ce qu'on voit n'est peut-être pas la réalité.
(Ce qui nous rappelle les théories sur les perceptions : il n'y a pas une seule vérité, il y en a plusieurs, car, nos perceptions nous emmènent sur des sentiers différents)
Dans le fond peut-on être sûr de sa propre mémoire (à long terme)?
3 commentaires
C'est marrant, on avait parlé en cours l'année passée, du même genre d'expériences avec des étudiants en criminologie, si je ne dis pas de bêtises.
Ici, les expérimentateurs avaient engagé des acteurs pour jouer des malfrats qui devaient cambrioler une banque, en plein centre de bruxelles.
Les étudiants devaient faire un compte-rendu de ce qu'ils avaient vu, le plus précisément possible, avec le plus de détails. Et au final, les versions étaient différentes ; pour l'un, la voiture des voleurs était rouge, pour l'autre, elle était verte etc.
Le paradoxe par rapport au film, c'est que Leonard dit lui-même que se fier à ses souvenirs est trop dangereux parce que tout n'est sans doute pas "vrai", mais il le fait quand même.
| ~Sophie a dit il y a 121 jours |
Je crois qu'on est pour la plupart conscient de ces phénomènes mais que nous ne pouvons nous construire et trouver un minimum de sécurité affective et psychologique qu'en les acceptant. Je peux me tromper mais nous reconstituons semble-t-il à partir de perceptions lacunaires un réel largement imprégné de ce qui est probable. Les élèves nous voient dire bonjour dans cette expérience parce que l'usage dans ce lieu veut qu'on le fasse. Je les accueille au début de chaque cours avec un sourire et un bonjour et le leur rappelle systématiquement s'ils ne me répondent pas... En tout cas ton témoignage m'intéresse.
| ~geo2jaim pro a dit il y a 120 jours |





A court ou à long terme notre mémoire n'est que notre vision très personnelle du réel. En tant que prof d'histoire, je perçois bien le décalage sur des sujets récents entre le cours d'histoire, synthèse d'une histoire nationale et l'histoire personnalisée, intégrée qu'un élève a d'un évènement quand l'un de ses proches y a participé... L'histoire c'est alors ce qu'on lui raconte depuis qu'il est petit, mon cours lui semble ne pas insister sur certains aspects, parfois même il s'oppose (oui mais mon grand-père, il y était...)
De fait je procède maintenant chaque année avant l'étude du premier sujet sensible à une petite expérience. Je concocte une petite scène avec un collègue ou un élève pour qu'il interrompe mon cours de façon banale mais le moindre détail de la mise en scène est réglé: nombre de coups frappés dans la porte, mots échangés, déplacement de lui et de moi dans la salle... Je choisis une journée où il y a vie de classe et le professeur principal leur demande de consigner par écrit un peu plus tard l'incident dont ils ont été spectateurs. L'an dernier certains avaient vu la copine entrer avec un classeur noir ( en histoire on utilise un classeur) alors qu'elle arborait son cahier de math d'un beau rose vif. Elle ne m'avait pas dit bonjour en entrant et pourtant presque tout le monde l'avait entendu me saluer... Quand j'y reviens avec eux le lendemain, ils admettent bien volontiers qu'aucun n'a "menti" dans son compte-rendu, que ce qu'il écrit est ce qu'il croit avoir de ses yeux vus... Cela nous permet d'établir la distinction entre réalité et vérité de chaque personne. Le temps de surcroît crée un effet de loupe, grossissant certains faits, en minimisant d'autres.
Tu m'as donné en tout cas envie de voir ce film.