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L'équipe Orbideo vous présente ses Meilleurs Voeux pour 2009 !

MC8wMDAvMDkzLzAwMDAw ~Héliade 98212 a écrit le 26 août 2008 16:02
A tire d'ailes

Souviens-toi souviens-toi c'est insidieux comme un murmure qui remplit tout l'espace ou comme un cri qui meurt avant d'avoir été prononcé.

Parfois tu te sens agressée,
angoissée,
menacée,
tu te sens jugée, regardée et pétrifiée par des objets.

Et parfois le même mot ou une citation qui se répète très vite trop vite, dans ta tête jusqu'à-ce que ça déborde, comme des perches tendues dans une conversation que tu saisis au vol pour te les approprier : il y en a qui font semblant par habitude, ils ont la bouche impie et le geste insurgé... She's over she's over she's over...

Parfois sans même t'en rendre compte tu te parles toute seule, ou tu chantes à voix haute, devant les autres, dans la rue, des bribes de songes refont surface, ou des souvenirs de pièces de théâtre : bless you Willie, I do appreciate your goodness, I know what an effort it costs you, now you may relax I shall not trouble you again unless I'm obliged to, by that I mean unless I come to the end of my own resources - which is most unlikely.

Parfois tu ne sais plus vraiment quel âge tu as ou comment tu t'appelles, ni même quelle langue tu parles, tout se mélange, le français et l'anglais. Anaëlle, Florence, 14 ans, 19 ans, qui se cache derrière ton corps bien trop lourd, bien trop grand ?

Parfois tu hésites à sortir de chez toi, le monde extérieur semble dangereux, terrifiant, tu n'arrives plus à sortir de l'environnement paisible et rassurant que tu t'es construit artificiellement, avec patience et courage, angoisse et détermination. D'autres personnes te croisent et subitement tu te mets à craindre leur regard, leur jugement. C'est évident, ils te détestent, tous. Ils te détestent et comment pourrait-il en être autrement ? Alors tu baisses la tête et tu marches avec angoisse et détermination, très vite, d'un point A à un point B comme tu l'as décidé avant de partir. Tu te distrais avec des comptines pour enfants le temps d'arriver à la maison, retourner à l'état initial : solitude et silence.

Parfois tu te mets en colère contre les couleurs, les sons, le gémissement du vent. La note "si" devient brusquement insupportable, le vert te semble inacceptable, il faut tuer le vert ou le vert te tuera, et tu planques tout ce qui est vert, il faut que ça disparaisse de ton champ de vision ou tu deviendras à ton tour moisissure et décrépitude.

Parfois tu te sens vieille, tellement vieille, comme si brusquement sans crier gare, l'amas de souvenirs et de phobies que tu représentes allait tomber en poussière.

Parfois tu ris toute seule sans vraiment savoir pourquoi. C'est la même chose pour les larmes, tu pleures, pleures, jusqu'à oublier la raison d'être de tes sanglots. Et les gens disent de toi : "elle débloque". Cela ne te touche presque plus. Tu en est arrivée à le penser toi-même...

Parfois tu n'arrives plus à te souvenir du visage des gens, même des gens aimés. On dirait que tu vis dans un rêve, sans doute le rêve de quelqu'un d'autre, tu n'es plus que le fruit de l'imagination d'un illustre inconnu. Ou d'une illustre inconnue. Quelqu'un que tu ne connais pas. Tu l'exhortes à se réveiller. A sortir de son sommeil, de son coma. A te libérer enfin. En attendant, tu t'empêtres dans tes souvenirs comme dans une toile de soi(e), tu te débats sans succès, en te demandant sans cesse à quoi ressemble l'araignée qui viendra te dévorer.

La frontière entre rêve et réalité est de plus en plus poreuse, tu n'arrives pas à te rappeler du moment où tout a commencé, s'il y a eu un commencement, s'il y aura une fin. Les années ont passé et les idées fixes ont continué insidieusement à se multiplier, jusqu'à-ce qu'enfin tu admettes que quelque chose ne va pas. Et pourtant tu y croyais dur comme fer, que tout ça était réel, tu tentais de tout renfermer en toi parce que tu savais que les autres ne comprendraient pas et te traiteraient de folle, pour toi c'était tellement réel, c'était ta réalité. Mais un jour le fardeau est devenu trop lourd à porter, tu ne vivais plus, ne dormais plus, il n'y avait plus que ça, et tes prières inutiles, pourvu que ça s'arrête, pourvu que ça s'arrête. Alors tu les as acceptées, les petites pilules-bonheur qu'on te proposait depuis des années, même si tu avais peur que ces pilules te tuent, provoquant la naissance prématurée d'un "autre toi" qui n'aurait plus grand chose à voir avec l'original.

Et puis : écrire, écrire, préhension persécutrice, écrire pour faire sortir un peu de ça, un peu de l'ombre qui déborde de toi. Ecrire et jouer au dés, même si "un coup de dés jamais n'abolira le hasard". Lire jusqu'à être ivre de mots à défaut d'alcool, lire parce que vivre ne suffit pas, lire parce que ça t'éloigne du temps tout en te rapprochant de toi. La pensée est créatrice, mais la lecture est salvatrice. Mallarmé l'écrit : "Toute pensée émet un coup de dés".

Qui peut te comprendre, personne ne peut te comprendre puisque toi-même ne comprends pas, perdue, perdue et pourtant tellement toi-même que tu pourrais presque t'aimer, parfois tu as des éclairs de lucidité et tu sais bien que rien de tout cela n'est vrai. Tu te sens parfois des affinités avec certains êtres, certains auteurs, des indices semblent te dire que tu n'es pas seule dans ce combat :

"Un moineau perché sur la grille d'en face gazouilla, Septimus, Septimus, quatre ou cinq fois de suite, puis il repartit, en étirant ses notes, pour chanter d'une voix animée, perçante, sur des paroles grecques, que le crime ça n'existe pas, et un autre moineau s'étant joint à lui, ils chantèrent tous deux d'une voix qui s'étirait, perçante, sur des paroles grecques, un chant qui partait des arbres dans la prairie de la vie pour aller jusqu'à l'autre rive du fleuve, là où marchent les morts, affirmant que la mort ça n'existait pas." Mrs Dalloway - Virginia Woolf

Et tu écris pauvre âme, tu écris, tu te répètes très vite le même mot que tu maudis, tu écris sans aucun talent des phrases qui ne veulent rien dire, et réécris les ratures de ta vie, en épelant très doucement "schizophrénie".

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