~velours-31861 a écrit le 28 juin 2008 20:11
Antéchrista
« J’avais de l’amitié une vision sublime : si elle (…)laissait place à la moindre bassesse, à la moindre rivalité, à l’ombre d’une envie, à l’ombre d’une ombre, je la repoussais du pied. »
« Ceux qui croient que lire est une fuite sont à l’opposé de la vérité : lire, c’est être mis en présence du réel dans son état le plus concentré – ce qui, bizarrement, est moins effrayant qye d’avoir affaire à ses perpétuelles dilutions. »
« Christa avait dit que ma chambre ne ressemblait à rien. C’était exact : c’était de cette manière que cette pièce me ressemblait. Ses murs […] étaient nus comme l’intérieur de mon être. Aucun dépouillement spectaculaire pour autant, qui eût pu donner à croire que j’étais en avance pour mon âge : je ne l’étais pas. Des livres s’amoncelaient çà et là : ils me tenaient lieu d’identité.»
« Etais-je donc masochiste au point de déclarer un goût qui correspondait au sommet de ma répugnance ? A la réflexion, non. D’abord, tant qu’à écouter des monstruosités, autant aller jusqu’au bout de l’horreur : toucher le fond est moins effrayant que rester à la surface de l’abject.»
« La lecture n’est pas un plaisir de substitution. Vue de l’extérieur, mon existence était squelettique ; vue de l’intérieur, elle inspirait ce qu’inspirent les appartements dont lo’unique mobilier est une bibliothèque somptueusement remplie : la jalousie admirative pour qui ne s’embarrasse pas du superflu et regorge du nécessaire. Personne ne me connaissait de l’intérieur : personne ne savait que je n’étais pas à plaindre, sauf moi – et cela me suffisait. Je profitais de mon invisibilité pour lire des jours entiers sans que personne s’en aperçût.»
- A. Nothomb, Antéchrista




