~Sophie a écrit le 25 juin 2008 23:53
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Mon père tenait son fusil pointé vers le ciel et me disait que tous les nuisibles devaient se prendre du plomb pour enfin être utiles.
Du haut de mes huit ans, j'étais déjà dotée d'une force de caractère inébranlable, et les propos qu'ils tenaient, ne me faisaient presque rien : tuer des animaux, je connaissais. A cinq ans, j'avais pêché tous les poissons argentés de notre étang et les avait laissés mourir dans l'herbe. Ceci dit, je ne l'avais pas fait par plaisir, mais plutôt par expérience : tout le monde devait-il toujours mourir? Certains animaux, certaines choses n'avaient-elles pas la possibilité de survivre, d'affronter et de vaincre la Faucheuse? J'ai vite été déçue. Personne ne survivait à la Mort; elle était omniprésente et infaillible.
Tenant le fusil de mon père, et remettant une cartouche dedans, je me préparais à mon premier coup de feu. Titubant légèrement en portant l'arme à feu si lourde, au dernier moment, je m'immobilisais. Je ne pouvais pas tuer un ramier, non, c'était trop, c'était affronter la Mort en direct. Les poissons, c'était différent, je ne les tuais qu' indirectement, ici, je devais faire le geste fatal, et ça me semblait inapproprié. Les ramiers ne m'avaient rien fait à moi. Puis, en plus, j'avais recueilli deux petits jeunes tombés du nid, et les avait soignés, à peine un an auparavant.
Mon père me regardait en riant : il disait que ce n'était pas grave, qu'après tout, je n'étais qu'une petite fille sensible, et que ce n'était pas à moi de faire ce genre de choses.
Il prit le fusil de mes mains et tira en l'air en direction d'un ramier ; l'oiseau tomba comme une flèche sur le sol, quelques mètres devant nous.




