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Panda ~Coren a écrit le 30 octobre 2007 21:10
Chroniques d'un RER ordinaire - partie 4

Jour : Vendredi.
Heure : 19h45.
Bande originale : All Saints – Pure Shores.
Trajet : de Boulogne “Rhin et Danube” à La Motte-Picquet Grenelle.

Préambule : Pas de RER, ni hier, ni aujourd'hui. Et rien à vous raconter. Je marche, dans la rue, à Boulogne, me demandant réellement ce que j'allais pouvoir vous mettre sous la dent pour la quatrième chronique. Si je ne prends pas les transports en commun, elle devient vide de sens, puisque j'ai pris le parti de vous donner du vécu.

D'habitude, je prends plutôt les grèves avec philosophie, mais là, pour de multiples raisons que je ne vais pas étaler ici, celle-ci m'a énervé, et surtout gêné au plus haut point. Mais là n'est vraiment pas le propos, je ne souhaite pas ici ouvrir le débat sur les grèves, bonnes, mauvaises, de toute façon, c'est comme les cyclones, on y peut rien. Je crapahutais donc dans la province profonde, au-delà des Maréchaux, à la recherche d'un moyen qui me permettrait de regagner mes pénates sans utiliser les transports, ni un taxi à 15 euros comme la veille, et qui me procurerait quelque croustillante anecdote à vous raconter. Et donc, plongé dans mes réflexions, et trouvant quand même que les midinettes en vélib' rendaient cette grève visuellement agréable, je vis devant moi la bouche béante d'une station de métro de la ligne dix, qui a pour unique but de me ramener chez moi. Surpris par cette impromptue rencontre, et agréablement charmé par le design année 50 de l'entrée, je décide de tout de même aller y jeter un œil.

Je descends l'escalier, guettant le rideau de fer qui devrait indiquer la fermeture de la station, qui dénote par son absence. Miracle ! Hallelujah ! La ligne est ouverte, tout comme les tourniquets. Le métro gratuit ? Anguille sous roche, le trafic doit toujours être horriblement perturbé. Je descends néanmoins les escaliers qui vont vers les quais. A ma gauche, la route vers le terminus, à ma droite, le ticket pour Paris. Et l'enfer sur terre. Après quelques longues minutes plongées dans le déchiffrage d'un des livres de Dantec, la rame, triomphante, vide, un conducteur et son acolyte nous regardant depuis la cabine avec force sourire, passe, ralentit, le conducteur, tel le messie après un prêche particulièrement réussi, nous salue. Et là, en vérité, je vous le dis (comme aurait-dit le petit Jésus), la rame ne s'arrête pas. Oui, vous avez bien lu, ce comique de première, ce Dany Boon du sud-ouest parisien, que dis-je, ce Popeck des temps modernes, après force sourires et grands gestes, a suscité en nous l'espoir de rentrer en nos demeures, pour le détruire l'instant d'après à la faveur d'un simple quart de tour sur sa manette d'accélération.

[Le saligaud !]

Certains mériteraient, outre le changement de leur régime de retraite, des claques. Bref. L'instant passe, après une volubile bordée d'injures lancée par la populace de Boulogne (très prolétaire, la populace, d'ailleurs, hein). Et là, quelques minutes plus tard, une autre rame rentre sur le quai. Cette fois, elle n'est pas saluée par le tumulte heureux de la foule, qui a vite appris qu'il ne faut pas se réjouir trop vite. Mais pourtant, ce sera celle-ci notre salut. Elle s'arrête. Les portes s'ouvrent, comme dans un rêve, personne ne descend, mais l'ensemble de la foule réussit à s'introduire dans le train. Je partage mon mètre carré d'espace vital avec une jolie blonde, une brune un peu ordinaire, mais vêtue d'un tailleur qui doit couter mon salaire des trois dernier mois qui met en valeur sa silhouette, une étudiante en sweater, brune également, mais les cheveux courts, et un asiatique en costume-cravate. Oui, nous sommes cinq à nous partager un mètre carré d'espace tous avec un sac, et la barre au milieu prenant également sa dime. Autant vous dire que nous nous retrouvons plutôt à l'aise sur cette partie du trajet, contrairement à certains soirs sur d'autres lignes, avec pourtant un trafic normal. Mais cette agréable situation ne dure pas. Bien au contraire, dès la station suivante, le nombre de personne double dans la rame, et je me retrouve écrasé contre mes compagnons de mètre carré, désormais réduit à peau de chagrin. Nous avons été, tel le maul français, écrasés contre notre ligne de touche, et sommes désormais forcé à un contact physique forcé, ce qui s'apparente moins à une douce caresse qu'à un plaquage sud-africain, pour continuer dans la métaphore sportive.

Je suis sur qu'à l'aide de statistiques et de mesures moyennes, nous pourrions savoir exactement à combien on peut rentrer, en se serrant, dans un wagon de métro, mais là, c'est empiriquement que nous avions les résultats. Plus de monde aurait fait exploser les portes. J'en suis sur. Bref, imaginez ma déception d'être collé/serré avec ces trois jeunes filles, habile placement pour ne pas rentrer en contact avec l'autre homme du mètre devenu trente centimètres carré, et de me sentir pourtant violer dans mon droit le plus strict à ne pas partager ma sphère d'intimité avec des inconnues, aussi avenantes soient-elles. Nous avons continué notre trajet, bon an, mal an, toujours agglutinés les uns aux autres. Ça a duré presque une demi-heure de silence gêné. Mais alors que je me frayai un chemin à coup d'épaule pour sortir, ouvrant du même coup un chemin pour la brunette en tailleur, elle m'a souri. Alors, finalement, les grèves, ça a du bon.

Merci, et à la prochaine fois, où nous découvrirons ensemble une galerie de portraits choisis.

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1 commentaire

A quand l'épisode 5 ?

Et laisse les cheveux courts tranquilles !

~Cilou a dit il y a 4 ans
Panda

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